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Critique L’Assaut – Julien Leclercq

Le réalisateur français quitte la (science-) fiction pour son second long-métrage et signe une adaptation cinématographique de la célèbre prise d’otages, en 1994, à bord du vol 8969 d’Air France, qui se solda par l’assaut réussi du GIGN.


Pour cette transcription sur pellicule d’une des opérations les plus connues du GIGN, le réalisateur  a délaissé la carte d’une action effrénée, qu’aurait pourtant pu appeler le sujet, au profit d’une fidélité qui donne à ce film des airs de reportage. Julien Leclercq a entrepris un travail très précis de reconstitution historique, aux travers des ouvrages disponibles sur le sujet mais bien plus en allant recueillir directement les témoignages des otages et des membres du GIGN. C’est d’ailleurs de vrais soldats de l’unité d’intervention qu’il utilise lors des nombreuses scènes montrant le groupe d’élite en action. Le film se pare de tous les détails qui en font la véracité et par la suite, la puissance, la froide horreur.

Car le pari est atteint, plus qu’un long-métrage, L’Assaut prend aux tripes comme un documentaire choc, savoir que tout ce qui se déroule à l’écran a eu réellement lieu donne une bien plus grande portée aux scènes que dans la majorité des fictions. Un parti pris grandement mis en avant grâce à une mise en scène sobre et vibrante de réalisme, rien n’est surjoué, la sobriété est de mise et c’est ce qui fait la force de ce film. Ce qui en fait la franchise et l’horreur. Les acteurs n’en sont pas tous, en plus des véritables membres du GIGN, l’on trouve également des passagers ayant vécu la prise d’otages rejouant leur propre rôle. La frontière entre réalité et fiction en devient floue : précision historique exemplaire, otages et gendarmes retraçant le drame. Nous sommes bien plus proches de la reconstitution criminelle que du film d’action.

Cette tension qui en découle est palpable durant tout le long-métrage, les scènes se succèdent tandis que les enjeux s’élèvent dramatiquement. Des scènes qui sont l’occasion d’admirer l’intelligence de l’écriture, les quatre terroristes du GIA ne sont pas stigmatisés, ils apparaissent comme ce qu’ils devaient être, des sortes de chiens fous (des « Joker sans Comic ») armés de fusils et d’explosifs et ne savant presque pas qu’en faire. L’interprétation de Aymen Saidï dans le rôle de Yahia est toute en immaturité, violente et impulsive ; les mujâhidîn sont montrés sous un jour cru, des enfants enrôlés, embrigadés, qui grandissent dans la haine et la peur et les illusions d’un paradis aux portes ouvertes par les bras de leurs victimes. Du côté GIGN, le réalisateur a mis l’accent sur Thierry Pugnaud, le premier gendarme d’élite a avoir investi le cockpit. Joué par un Vincent Elbaz mesuré, l’homme est tout à la fois dévoilé et caché. Dévoilé par des scènes intimistes qui lient mieux le spectateur au premier rôle, qui sont l’occasion d’apprécier l’interprétation saisissante de celle qui joue sa femme, Marie Guillard. Dissimulé dans ses motivations, le GIGN apparaît comme un mode de vie à part, l’homme enlève d’ailleurs son alliance avant l’opération, schizophrénie du héros ?

Enfin ce réalisme choc doit beaucoup à la plastique de l’œuvre, qui suit la droite ligne du reportage, avec un peu plus de recherche artistique cependant. L’image est délavée, les couleurs, désaturées. Un film presque monochrome mais qui fait oublier l’absence de couleurs par une maîtrise de l’éclairage, les forts contrastes sont de mise mais sans agresser l’œil, les gros plans s’avèrent plein de douceurs et le manque de saturation vient souligner les traits des visages. La caméra à l’épaule, sans être brinquebalante, amène cette touche de vie qui distingue là encore L’Assaut. Enfin le travail sur le son s’avère intéressant bien que parfois cafouillant, les bruitages sont très bons, les effets sonores introduisent parfois brillamment les scènes – à grand coups de boomer inversés – mais la musique révèle un choix difficile. Quitte à vouloir donner tant de réalisme au film, il aurait fallu trancher entre pas de musique ou très peu. La plupart du temps il n’y en a pas, mais malheureusement sur certaines scènes-clés l’on nous sert une soupe mélodramatique à grands renforts de chœurs cristallins du plus bel effet mortuaire. Un côté peut-être un peu surfait et qui ne participe en rien à l’émotion du film – pour peu il lui nuirait même – car celui-ci se repose beaucoup mieux sur sa réalisation intelligente et ses acteurs plus vrais que nature (ou au moins aussi vrais que nature).

Trailer du film :

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