Blog de tests, principalement jeux vidéos et cinéma, ainsi qu'une partie photo.

Critique Pirates des Caraïbes 4 – Rob Marshall

Après trois épisodes de « Pirates », Gore Verbinsky laisse la place à Rob Marshall pour réaliser le premier volet d’une nouvelle trilogie. Adieu Orlando Bloom et Keira Knightley, ce quatrième opus laisse le champ libre à l’extravagant Johnny Depp.

Direction la « Fontaine de Jouvence » pour ce qui reste d’illustres pirates dans la saga. Jack a perdu le « Black Pearl », l’océan est désormais dominé par Barbe-Noire et le « Quenn Anne’s Revenge », navire baroque tout de rouge et de noir, un hommage flottant à Stendhal. Barbarossa, quant à lui, joue les fantoches impérialistes au sein de la marine britannique, seul moyen pour lui de disposer d’un navire et d’un équipage afin de se venger de Barbe-Noire.

Présenté en 3D, ce nouvel opus de « Pirates » ne dénote pas de ses prédécesseurs. Spectacle grand-public, humour, action, dépaysement et une pincée de fantastique sont de la partie pour faire oublier les deux heures et demi du long-métrage. Et le film transporte effectivement puisque les scènes s’enchaînent sans lassitude, mais de façon un peu confuse peut-être. « La Fontaine de Jouvence » a des allures de roman espagnol, fougueux mais décousu, un peu brinquebalant sous l’avalanche de péripéties. Le souffle se fait haletant et le rythme enivre, tandis que le manque de pauses empêche l’oeuvre d’instaurer un lien avec les personnages, l’ambiance se fait voir par les décors, par les costumes, mais elle ne vit pas, elle n’exulte pas de l’intériorité même des scènes. Ce tourbillon emporte le spectateur, sans jamais l’impliquer.

On regarde ainsi défiler les scènes comme dans un parcours touristique, tout en sachant le factice des situations. C’est sûrement un parti pris qui permet de laisser l’esprit léger au spectateur à la fin de l’aventure.

Et c’est bien une aventure que l’on vit, les héros voyagent, se battent, mort-vivants et sirènes homériques sont de la partie, autant d’éléments fantastiques qui ont su depuis le premier épisode créer la marque de fabrique de la licence. Comme une sorte de pot-pourri des fascinations enfantines; pirates, zombies, monstres marins et trésors.

La caméra suit la ligne du « produit », c’est-à-dire divertir sans secouer. Les plans sont classiques mais soignés, relevés par un éclairage parfois un peu plus travaillé. Les éclairages à la bougie rappelleraient un « Barry Lindon » si l’on était sûr de la source de lumière utilisée. Le montage se veut dynamique, la narration s’exécute rapidement, le fil ne se détend pas, l’action restant soutenue de bout en bout. L’apport 3D est en revanche quasi-nul. Enfin non, il le serait si l’emploi de cette technologie ne réduisait pas notablement la luminosité de l’image ainsi que l’impression de netteté. Il ne faut pas oublier que la 3D nécessite deux pistes vidéo, et en général mettre deux fois plus de quantité sur un même espace de stockage impose de réduire la qualité globale du flux vidéo. Cette technologie est d’une futilité sans nom, faire un film avec des sirènes n’oblige pas à céder à celles du marketing.

Johnny Depp a le beau rôle, depuis que l’espace scénique est libéré d’autres célébrités comme Orlando Bloom et Keira Knightley, le pirate mi-dandy, mi-sombrero, porte le film d’une extravagance enjouée. Le personnage, crée par Johnny lui-même, en est une facette complètement crédible, toutes ses mimiques s’y trouvent fondues en un rôle, des airs blasés de « Fenêtre Secrète » aux regards indolents de « Cry Baby » en passant par les contractions hallucinées de « Las Vegas Parano ». Sorte de personnage-panorama, Jack Sparrow est un condensé de Depp, et bien heureusement du meilleur de celui-ci.

Face à lui, une actrice plus à même de jouer avec son côté latin incendiaire que Keira, c’est Penelope Cruz qui arbore sa crinière de brune méridionale pour enflammer enfin un Sparrow qu’on aurait cru insensible. Le duo fonctionne mieux que le trio précédent, et ce choc aux accents hispaniques donne des allures exotiques à ce « Pirates ». Quant aux deux vieux loups de mer que sont Barbe-Noire et Barbarossa, les acteurs sont suffisamment grimés pour en faire d’authentiques baroudeurs taillés dans le sel et le sang.

L’humour est toujours de mise, afin de contrebalancer une violence parfois dénotante, détonante dans un spectacle grand-public. Barbe-Noire abat sauvagement, les sirènes dévorent et les actions héroïques se font rares dans cet univers de forbans. La bande-son de Hans Zimmer est une bonne surprise, non pas qu’Hans Zimmer soit connu pour être père de médiocrité (ce serait plutôt l’inverse), mais il réussit à insuffler de l’âme à certaines scènes grâce à une partition moins basique que ce que l’on attendrait dans un tel divertissement. Le maître allemand distille une touche de magie et rend le voyage bien plus enivrant en alliant le dépaysement des images au transport symphonique. Le thème des sirènes est ainsi une pièce digne d’un véritable conte fantastique. On regretterait presque que la mise en scène effrénée « gâche » la beauté de l’immobilisme contemplatif de certaines scènes. Les thèmes principaux désormais célèbres sont bien entendu réutilisés à plusieurs reprises lors des scènes d’actions. La collaboration avec Rodrigo y Gabriela introduit des sonorités sensuelles très à-propos, comme lors de cette scène digne d’un « Desperado » entre Depp et Penelope Cruz, court tango sensuel et humoristique.

Le film ouvre la voie pour la seconde trilogie, introduisant donc de nombreuses nouveautés et laissant beaucoup de points en suspens de façon délibérée. L’attente n’est peut-être pas insoutenable, mais ce nouvel opus ouvre en tout cas la voie d’une bien belle manière. Le resserrement du nombre de personnages permet une narration plus claire, tandis que la mise en scène ne perd en rien en baroque. Sûrement pas une « œuvre cinématographique » mais ne semblant pas revendiquer ce statut quoi qu’il en soit, ce nouveau « Pirates » est à prendre comme il est, c’est-à-dire un excellent divertissement.

Trailer du film :

Piste tirée de la bande-son :

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s