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Critique 127 Heures – Danny Boyle

Après le succès de Slumdog Millionaire, le réalisateur britannique Danny Boyle s’essaie au « survival » en mettant sur pellicule l’histoire vraie d’un alpiniste bloqué six jours et cinq nuits dans le « Blue John Canyon ».


Révélé avec Petits meurtres entre amis puis Trainspotting, Danny Boyle est un des réalisateurs actuels les plus en vue depuis le succès fulgurant de Slumdog Millionaire. Toujours aussi audacieux et imprévisible, il nous livre un nouveau long-métrage qui n’a pourtant rien de réjouissant sur le papier. Passer du festival coloré de Slumdog à un film se déroulant en tout et pour tout dans une crevasse large de deux mètres et haute de cinq ? On a vu mieux comme démonstration de screenplay. Et c’est pourtant là que la virtuosité de Boyle frappe, car il réussit le tour de force de captiver l’audience tout du long par le biais de multiples pépites de mise en scène.

Pour autant le soin est bien pris de ne pas faire débuter le film in medias res, une dizaine de minutes est consacré à l’exposition de la situation, avant que le sujet ne soit réellement amené. On voit ainsi Aaron Ralston préparer son expédition, juste une de plus sur sa liste de casse-cou baroudeur, et commencer à arpenter le Blue John Canyon, son terrain de jeu du moment, sur fond de plans hauts en couleurs. C’est là qu’il croise les deux dernières personnes qu’il verra avant sa longue traversée (on ne peut plus statique) du désert. Ce semblant de prologue trouve son intérêt dans le fait qu’il permet de mieux apprécier toute l’horreur de la situation du personnage, quant on sait ce qu’il vient de quitter. Cette dualité dans les deux situations exposées se retrouve dans la bande-son, car le film démarre sur un plein de décibels au rythme enjoué, avant de laisser la place aux thèmes très réussis de A.R Rahman (qui avait déjà signé le score de Slumdog Millionaire). Parfois mélancolique, parfois aérienne, toujours en écho avec l’image, la musique du film est très réussie et emprunte savamment ses influences de tous les horizons musicaux.

Une fois l’alpiniste bloqué dans l’étreinte rocailleuse du canyon, Danny Boyle dévoile une à une ses trouvailles scénaristiques qui permettent de ne jamais trouver monotone une situation qui avait tout pour risquer de l’être. Hallucinations, souvenirs, délires et autres rêves se suivent pour former une fresque existentialiste dans laquelle le personnage principal n’a de cesse de se remettre en question. La mort approchant lui fait ressasser tous ses souvenirs, ce qu’il a été, ce qu’il est devenu. Un homme à l’énergie inépuisable, mais un dynamisme qui ne lui sert qu’à oublier sa solitude. Ainsi les souvenirs oniriques qui mettent en scène Clémence Poésy dans le rôle de son ancienne petite amie reviennent avec une insistance morbide, comme pour scander au personnage tout ce qu’il a perdu par la seule faute de son égoïsme. Heureusement l’humour est aussi de la partie, comme dans cette scène de schizophrénie à l’ironie presque fataliste où Aaron s’auto-psychanalyse au rythme des rires d’un public imaginaire.

Aaron 1 – « Et malgré le fait que tu sois un superhéros, ou peut-être à cause de cela, tu n’as quand  même dit à personne où tu as allais ? »

Aaron 2 – « Personne. »

Aaron 1 – « Ouuuuups »

(Rires)


La situation potentiellement ennuyeuse est encore une fois dynamitée par les talents de monteur de Danny Boyle, les plans s’enchaînent à un rythme soutenu et le réalisateur use et abuse des incrustations d’image, comme dans la scène d’introduction particulièrement réussi. Les plans rapprochés sur l’eau, Graal et mort d’Aaron, ne sont pas sans rappelés le style d’Aronofsky dans Requiem for a Dream, avec la même énergie. Et enfin, le film est porté tout du long par la performance de James Franco, qui campe le rôle principal à la perfection, chaque facette du personnage est interprété avec vigueur mais mesure, il sait tout aussi bien faire le clown que le condamné à mort, les cris de douleur semblent résonner dans la salle tant la conviction est lisible sur son visage.

En définitive, 127 heures se présente comme un survival musclé et efficace, à la mise en scène sous stéroïdes sans oublier d’être émotive. L’humour et le rythme semble constamment couvrir des pensées plus sombres, que le personnage tente tant bien que mal de refouler, tâche de plus en plus dure à accomplir tandis que les jours de solitude s’écoulent, avant le final un peu « choc ».

Trailer du film :

Piste tirée de la bande-son :

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