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Critique Dark Water – Walter Salles

Dark Water est le remake américain du film d’horreur japonais du même nom, réalisé par Hideo Nakata et sorti en 2002 ; le réalisateur du célèbre « The Ring ». La version japonaise originale était adaptée d’une nouvelle de l’écrivain Kôji Suzuki, l’auteur du roman « Ring » dont a ensuite été tiré le film. La version américaine de Dark Water, réalisée par Walter Salles, a suivi peu de temps après la version japonaise, elle fût visible dans les salles sombres dès 2005. Inspiré d’un film lui-même adapté d’une œuvre écrite japonaise, l’on pouvait s’attendre à une horreur à l’asiatique; plus subtile et sous-jacente que celle de la majorité des productions américaines aux litres d’hémoglobine. Alors, qu’en est-il de cette version US ?


Le scénario prend place dans un cadre contemporain : Dahlia Williams, jouée par Jennifer Connelly, vient de se séparer de son mari et cherche à s’installer dans un nouvel appartement avec sa fille, Cecilia, dont elle tente à tout prix de conserver la garde tandis que son mari veut la lui soutirer. Elle trouve un logement non loin de Manhattan, puis un nouvel emploi – tout semble s’arranger pour le mieux. Mais bientôt l’appartement s’avère être le lieu de manifestations inquiétantes ; de l’eau brunâtre coule du plafond, Dahlia entend des bruits venant de l’appartement du dessus, censé être vide… Et sa fille, Cecilia, l’inquiète de plus en plus, elle s’adresse à une amie imaginaire : Natasha.

L’on découvre rapidement que les anciens locataires du dessus font étrangement écho à la vie de Dahlia. Ils sont partis en abandonnant leur fille, supposant chacun de leur côté que leur fille – Natasha – était avec l’autre parent. Une mère alcoolique, comme celle qu’avait Dahlia… « Ils n’ont fait que supposer, mais ils n’ont rien fait pour savoir comment allait leur fille », dira-t-elle. Une phrase qui résume plutôt bien toute la vision pessimiste du film.

Car  c’est une sombre ambiance qui sous-tend l’intégralité du long métrage ; à la manière d’un Se7en, la pluie est omniprésente, donnant un sentiment d’écoulement de l’espoir, le film est perdu dans une bruine grisâtre perpétuelle, en faisant une sorte d’histoire intemporelle et oubliée entre quelques limbes de quartiers délabrés. De même, les personnages sont tout autant « liquides », ils n’ont aucun aspect fixe, si ce n’est leur fuite perpétuelle ; tout le monde ment : l’avocat de Dahlia, l’agent immobilier, le concierge de l’immeuble, l’ex-mari. Le courage est aux abonnés absents, de même que la confiance. Ainsi la seule personne sur laquelle Dahlia puisse compter, une certaine « Mary », nous n’en connaissons que la voix car sa présence se limite au domaine de la conversation téléphonique. Jamais nous ne la verrons, le seul symbole de la confiance et de l’espoir du film n’a aucune présence physique, n’a aucune influence.

L’histoire se présente alors comme une véritable spirale sans issue ; Dahlia ne peut oublier son passé, qui coule sans cesse dans sa mémoire comme l’eau du plafond. Et comme nous le voyons, quelques couches de plâtre appliquées par le concierge ne suffiront pas à arrêter les eaux noires ; de même Dahlia ne parviendra pas à échapper à ses souvenirs, ses souvenirs d’une mère qui la haïssait, qui aurait très bien pu l’abandonner comme l’a fait la mère de Natasha. Les deux adultes du 10F, l’appartement au-dessus du 9F, là où habite Dahlia, se présente finalement comme deux répliques de ce qu’étaient ses parents. Une mère alcoolique, un père qui la battait. De même que Cécilia trouve en Natasha une amie imaginaire, Dahlia y voit une image de sa propre jeunesse. D’où l’aspect terriblement enclos de l’univers du film.

Cet univers animé par la musique aussi belle que sombre d’Angelo Badalamenti, célèbre pour ses nombreuses compositions pour les productions de David Lynch – des bandes originales aussi réussies que celle de Mulholland Drive ou encore Twin Peaks. La bande-son participe dans Dark Water pour beaucoup à l’instauration d’un monde oppressant, d’une atmosphère tragique où l’espoir est limité à quelques mots sans corps entendus au téléphone. Les violons fébriles y symbolisent  la recherche impossible d’un équilibre pour Dahlia et les échos de pianos sont autant d’appels au secours sans réponse.

D’un point de vue technique, la réalisation est de qualité. Desservi par des cadrages classiques mais efficaces tout du long, Dark Water n’innove pas visuellement mais assure un niveau tout  à fait correct, à même de desservir toutes les idées scénaristiques. De même pour les effets spéciaux, relativement peu nombreux au demeurant, qui sont réussis et brillent au final plus par leur discrétion que s’ils avaient été surexploités. On regrettera cependant des scènes d’horreur là aussi classiques, ne surprenant pas assez le connaisseur de films d’horreur. Quant au jeu des acteurs, c’est plus ou moins le même constat qui s’impose : Jennifer Connelly réussit haut la main dans le rôle de Dahlia, mais par sa sobriété. Au final le film se noie toujours dans des marasmes grisâtres, nul coup d’éclat, tout est sobre, tout est pâle dans Dark Water, comme un cadavre blafard de noyé. Et Dahlia perd peu à peu de sa vie, de son parfum, elle se fane comme une fleur, comme un dahlia…

Un film sombre donc, pessimiste et glauque. Aussi noir qu’un Se7en, mais moins baroque. Dans Dark Water, tout est « plat d’horreur ». La morosité semble ici la règle, l’univers entier est déprimant. Tout n’est que gris, pluie ; et nous n’aurons jamais le fin mot de l’histoire, comme si la conclusion était elle-même noyée par toute ces flots de désespoir : machinations de l’ex-mari pour obtenir la garde de la fille ? délire paranoïde d’une Dahlia trop médicamentée ? ou encore serait-ce le fantôme de Natasha qui fait tout basculer ? Nulle réponse. Mais un film qui s’apprécie plus pour son ambiance, pour peu qu’on y soit sensible, que pour son scénario.

Trailer du film :

Piste tirée de la bande-son :

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